
cinq ans plus tard, au café de la poste
à safi, ancien rendez-vous des joueurs d'échecs,
j'ai retrouvé, comme par enchantement, la ville d'essaouira
à travers son équipe de jeu d'échecs venue
disputer un match amical avec sa ville soeur.
les hôtes étaient : benchrifa, benaïm, ghanbouri,
guerraoui, moussaoui, saâlaoui, sancouch, skalli et bien
d'autres célébrités locales, tout ce petit
monde du jeu d'échecs se retrouva le soir chez le pacha
de la ville de safi, le très généreux et
affable monsieur taibi amara, souiri de pure souche. après
un bon dîner et quelques excellentes parties qui auront
conduit à un match nul, j'ai fini par accepter l'invitation
des joueurs souiris. le lendemain, je fis le voyage avec un employé
des ptt, un coiffeur et l'agent de police qui m'offrit l'hospitalité
pour ma première nuit à souira depuis cinq ans.
dans mes bagages, j'avais un dessin pour un coffret comprenant
un jeu de jacquet et un jeu d'échecs. mon idée était
de me faire fabriquer une série de coffrets que j'espérais
revendre à paris où je résidais. j'avais
une expérience en la matière, je fabriquais déjà
des tapis de jeu d'échecs sur peau, que je vendais pour
un bon prix chez canasta aux champs élysées.
manque de chance, les artisans souiris ne connaissaient pas le
jeu de trictrac ou backgammon comme l'appellent les américains.
ce jeu d'origine turque ne s'est jamais vraiment implanté
au maroc, il s'était arrêté aux frontières
de l'algérie ottomane.
qui sait, c'était peut-être mon dessin qui aurait
servi plus tard à fabriquer les jeux en vente, aujourd'hui,
dans les magasins d'essaouira ?

les années passent et mes rendez-vous avec les villes
de ma région se multiplient et prennent d'autres aspects.
lors de mon dernier séjour à essaouira, l'université
conviviale en 96 m'a permis de nouer des relations, de retrouver
des amis et de faire des projets pour la ville.
cependant, très secrètement, j'avais rendez-vous
avec la lune, et quel rendez-vous ! nous le fixâmes de commun
accord zodiacal. je me trouvais sur l'ile mogador avec mes appareils
photo, ma camera et mon télescope. le beau corps céleste
dans son habit de pleine lune, se dévoilait en haut de
la colline qui surplombe la ville et venait à ma rencontre.
outre une équipe de 2m invitée pour la circonstance,
notre grand témoin stellaire rayonnait de mille éclats.
le soleil, derrière moi, éclairait la scène.
soudain, comme fou de rage, jaloux de ce rendez-vous spatial,
il se couvra d'un amas de nuages, et après quelques courroux
rougeâtres, puis verdâtres, il rendit l'âme
et plongea dans l'abîme océanique pour apaiser ses
flammes.
le même soleil, pour se venger, me joua de sacrés
tours de magie quelques jours plus tard à el jadida.

